Les thaïs,
venus du sud de la chine, sont dorigine sino-tibétaine
et se sont installés progressivement dans la péninsule
indochinoise entre les VIIIème et XIIIème siècles,
chassés par les envahisseurs mongols. Ce territoire d'accueil
a été occupé conjointement ou auparavant par d'autres
populations comme les môns, les khmers et les tribus du nord.
C'est au 13ème
siècle que la cuisine thaïlandaise telle que nous la connaissons
aujourd'hui a certainement commencé à prendre ses spécificités.
Au début de ce siècle-là, les seigneurs thaïs,
supportant mal le joug khmer, se rebellèrent. Entre 1220 et 1240,
ils chassèrent le gouverneur cambodgien de Sukhothaï et
l'un d'entre eux fut proclamé roi et prit la ville pour capitale.
Depuis cette époque, les dynasties et leurs lignées de
souverains siamois se sont succédées sans interruption
jusqu'aux Chakri qui occupent le trône de nos jours. Même
si les royaumes thaïlandais connurent des vicissitudes au cours
des siècles, le Siam ne fut jamais colonisé et sa culture
propre s'est forgée et enrichie au cours des siècles.
Les thaïs de l'époque moderne considèrent que le
point de départ de leur culture est cette époque dite
"Sukhothai". C'est,
par exemple, à Sukhothai que la fête du Loy Krathong a
pris naissance et que les premiers édifices religieux thaïs
ont commencé à remplacer les monuments khmers. Nang
Nopphamat, première épouse du roi Phra Ruang et princesse
consort, fut l'initiatrice
de la fête du Loy Krathong et introduisit la sculplture sur
fruits et légumes à la Cour. De nos jours, les thaïs,
dominés économiquement par la minorité chinoise
venue au 19ème siècle, défendent jalousement leur
culture dont la cuisine fait partie intégrante, bien sûr.
La comparaison des
deux têtes de Bouddha (images en haut) exposées au Musée
Guimet (Paris) est édifiante. A gauche : époque Sukhotaï
(du milieu du XIIIème siècle au XVéme siècle),
à droite : époque Ayuthaya (du milieu du XIVème
siècle à la fin du XVIIIème siècle). L'un
est joufflu, souriant et semble heureux alors que l'autre a le visage
émacié et austère. L'époque Sukhothaï
fut sans aucun doute une période de festivités et de bonne
chère. La tolérance y était aussi une valeur très
présente.
Les rois thaïlandais
furent vite connus pour leur passion de la bonne chère. Les cuisines
des palais étaient amplement approvisionnées grâce
à la richesse et à la fertilité de cette nouvelle
terre. Les montagnes du nord fournissaient la viande et le gibier, tandis
que les rivières, fleuves et lacs regorgeaient de poissons frais.
Dans les terres plus fertiles du sud, les fruits et légumes tropicaux
abondaient. Le golfe du Siam était une source constante de fruits
de mer, tandis que le riz parfumé venait, lui, du Bassin du Chao
Phraya. Des marchands en provenance des Indes et du Moyen-Orient apportaient
dans les ports siamois des épices et autres mets exotiques. Les
piments, originaires d'Amérique, arrivèrent au XVI ème
siècle, importés par des marchands européens. Il
n'est donc pas étonnant que ce pays de paix et de prospérité,
dans lequel les richesses abondaient, ait donné naissance à
une cuisine complexe, riche et variée.
Il y a eu au cours
des siècles de nombreux échanges culturels et commerciaux
avec particulièrement la Chine et lInde. Ceux-ci ont indéniablement
influencé l'art culinaire siamois . La cuisine thaïlandaise
a cependant ses spécificités, comme lutilisation
fréquente du lait et de la crème de coco et la combinaison
originale des parfums. Sa particularité par rapport aux autres
cuisines asiatiques est son caractère tout en raffinement et
en nuances et sa présentation unique au monde dont le fleuron
est la sculpture sur fruits et légumes, art en lui-même
dans lequel excellent les cuisiniers thaïlandais.
Le
plat préféré des thaïlandais et des étrangers
est incontestablement le tom
yam kung (soupe aux crevettes). Il fut introduit à la cour
de Rama V (Chulalongkorn 1868-1910). Pendant le règne de ce monarque
réformateur qui monta sur le trône à l'âge
de 15 ans, les cuisiniers du palais royal durent faire preuve d'inventivité
pour honorer les hôtes de marque, principalement français,
anglais et portugais.
Pour ma part, je
classe la cuisine thaïlandaise au palmarès des cinq meilleures
cuisines du monde ("top 5" si vous aimez le langage "tendance").
Elle est accompagnée par les cuisines française et italienne
et par ses deux soeurs ainées, les cuisines chinoise et indienne.
Cuisine populaire,
elle est passée par la table des rois et empereurs du Siam pour
se retrouver pour notre plus grand plaisir dans les restaurants du monde
entier.